Peut-on toucher le chômage jusqu’à la retraite ?
Conditions, calcul, pièges à éviter !Dernière mise à jour : 27 mars 2026
Malgré les nombreuses réformes qui ont affecté notre système d’assurance-chômage français depuis une dizaine d’années, le dispositif qui permet de prolonger les droits au chômage jusqu’à la retraite à taux plein demeure encore aujourd’hui.
Néanmoins, les conditions d’obtention de ce maintien sont de plus en plus difficiles à remplir, à mesure que la durée des droits au chômage se réduit et que l’âge légal pour partir à la retraite s’éloigne, sous l’effet combiné des réformes du chômage et de la retraite.
Il faut dire que les enjeux sont conséquents.
En effet, ce dispositif permet de bénéficier d’une durée de chômage qui, selon mes estimations, pourrait représenter jusqu’à six années et demie.
Il en allait ainsi de mon quotidien lorsque j’avais la charge de la gestion des droits au chômage des cadres et des dirigeants chez France Travail : vérifier des dossiers représentant chacun plusieurs centaines de milliers d’euros, lissés sur des années.
C’est ainsi que, après avoir validé près de 700 millions d’euros de droits au chômage en ma qualité de juriste, je suis en mesure de vous apporter un éclairage sur cette prestation qui concerne 450 000 seniors par an, selon l’Unédic.
Au-delà de la durée de versement des allocations, il est nécessaire d’avoir en tête qu’une période de chômage indemnisée permet de valider des trimestres ainsi que des points de retraite complémentaire. La question du maintien est donc centrale car, en réalité, elle permet de tracer une perspective financière jusqu’à la fin de ses jours.
Quel est le problème ?
La difficulté essentielle réside dans le fait que nous sommes dans une période de transition durant laquelle l’âge légal n’est pas le même d’un salarié à l’autre, et que cet âge n’ouvre pas les mêmes droits en matière de durée d’indemnisation selon les situations.
Il en va ainsi, par exemple, pour les créateurs d’entreprise, pour lesquels la durée des droits est désormais limitée à 60 %, tandis que celles et ceux qui reprennent un emploi peuvent bénéficier d’une possibilité d’allonger la période de versement du chômage.
Concrètement, quelles sont les conditions pour bénéficier du maintien des allocations (ARE) ?
Le premier point pour lequel je suis souvent sollicité concerne une condition dont la rédaction n’est pas très claire.
Pour pouvoir bénéficier du maintien des allocations jusqu’à la retraite à taux plein, il faut être en cours d’indemnisation à l’anniversaire de son âge légal et avoir perçu 360 jours d’ARE (allocations d’aide au retour à l’emploi), selon les termes de l’article 9 § 6 du règlement général d’assurance chômage.
Cette condition, à la rédaction trompeuse, laisse penser qu’un demandeur d’emploi indemnisé à son âge légal ne pourrait pas bénéficier du maintien de ses allocations, pour la simple raison qu’il n’a pas perçu au moins un an de chômage.
Refuser une prestation permettant d’éviter une chute brutale de revenus du simple fait de ne pas avoir été suffisamment au chômage serait contradictoire et injuste. Il convient donc de lire le texte dans son double sens :
Le maintien des allocations est accordé à tout demandeur d’emploi ayant perçu au moins 360 jours d’ARE à son âge légal ou postérieurement à celui-ci.
En effet, l’assurance-chômage reste avant tout une assurance. Cela signifie qu’elle s’applique à partir du moment où l’ensemble des conditions sont réunies : c’est ce que les spécialistes appellent le fait générateur.
Une autre condition est souvent mal comprise. Pour pouvoir bénéficier du maintien des allocations, il est nécessaire d’avoir travaillé au moins une année continue ou deux années discontinues au cours des cinq années précédant la fin du contrat de travail ayant permis l’ouverture des droits. Même si elle peut sembler complexe pour le grand public, cette condition répond à une logique simple : il faut avoir travaillé et cotisé un minimum pour pouvoir bénéficier d’une indemnisation prolongée.
Dans le même esprit, le maintien des allocations jusqu’à la retraite suppose également :
- Avoir travaillé au moins 12 ans comme salarié ;
- Avoir validé 100 trimestres (soit 25 années), en tant que salarié ou indépendant.
Un point particulièrement intéressant concerne les carrières internationales : certaines périodes travaillées à l’étranger peuvent être prises en compte dans ces conditions d’affiliation.
En somme, si l’ensemble de ces conditions sont réunies, ainsi que certaines conditions de forme, France Travail, comme assureur, prendra une double décision :
- Une ouverture de droits initiale ;
- Puis le maintien de ces droits jusqu’à la retraite à taux plein.
Bien entendu, cette couverture prolongée ne remet pas en cause les obligations attachées au statut de demandeur d’emploi, telles que la recherche active d’emploi ou l’assiduité dans un projet de création ou de reprise d’entreprise.
Quels sont les risques de perte de revenus en fin de carrière ?
Prenons un exemple typique. Un assuré peut penser atteindre son âge légal à :
62 ans et 9 mois
Mais en réalité, selon l’évolution des règles, cet âge peut être repoussé à :
63 ans et 3 mois
Impact direct :
- Fin des allocations avant l’âge légal ;
- Impossibilité de bénéficier du maintien.
Dans cette hypothèse, si le demandeur d’emploi perçoit des allocations plafonnées et que celles-ci peuvent être versées jusqu’à 67 ans, j’estime que la perte cumulée (chômage + retraite) peut atteindre 650 000 €.
En réalité, tout repose sur une logique simple :
Vos droits au chômage doivent couvrir exactement la période jusqu’à votre âge légal. Ce n’est pas une estimation. C’est un alignement précis à quelques mois près.
Conclusion : une question de stratégie, pas seulement de droit
La question n’est pas uniquement :
« Puis-je percevoir le chômage jusqu’à la retraite ? »
Mais plutôt :
« Comment sécuriser mes droits pour éviter une rupture de revenus ? »
Combien vais-je toucher au chômage ?
Le calcul des allocations chômage (ARE) repose sur des règles précises, mais dans la pratique, le...

tres utile. merci beaucoup